Analyse | Trump, le 747 et la fissure
Que les démocrates fassent de l'urticaire à l’idée de voir le Qatar offrir un Boeing 747 à Donald Trump, c’est dans l’ordre des choses. Mais voir les purs et durs du mouvement MAGA (Make America Great Again) déchirer leur chemise sur la question, c’est une première. Les succès du président Trump reposent beaucoup sur les influenceurs qui l’encensent sur les réseaux sociaux, sur les balados, à la radio et à la télévision. Mais le cadeau de l’émirat du Qatar qui pourrait devenir Air Force One (l’avion du président américain) est mal reçu. Que ce soit vrai ou faux, bon ou mauvais pour le pays, dans le monde MAGA, Donald Trump a toujours raison, ou presque. Il est le chef incontesté de ce mouvement populiste qui l’a porté au pouvoir en 2016 et en 2024. Dans ce cas-ci, on semble moins lui laisser le bénéfice du doute. Les influenceurs tels que Laura Loomer, Ben Shapiro, Mark Levin, Adin Ross et Logan Paul agissent comme un ciment qui assure la solidité du lien entre le président, ses messages, ses décisions et ses partisans. Mais pour une rare fois, le ciment s’est fissuré cette semaine. Le Boeing 747 d’une valeur de plus de 400 millions de dollars offert en cadeau par le Qatar à Donald Trump ne passe pas, même auprès de ses plus farouches partisans. Laura Loomer, une activiste de la droite radicale, photographiée le 15 avril 2024. Photo : Getty Images / David Dee Delgado Loomer a déjà été invitée à la résidence de Donald Trump à Mar-a-Lago, en Floride. Elle a aussi volé à bord de son avion privé. Elle l’a même déjà convaincu de se débarrasser Cette conspirationniste de droite qui raconte, entre autres, que les attaques du 11 septembre 2001 venaient de l’intérieur des États-Unis est plus proche de M. Trump que jamais, même si plusieurs dans l’entourage du président souhaiteraient qu’elle s’en éloigne le plus possible. Batya Ungar-Sargon, une autre partisane MAGA, qui commente régulièrement la politique à CNN et sur d’autres réseaux de télévision, affirme que cet appareil donné par le Qatar est carrément un pot-de-vin. Même réaction outrée de Ben Shapiro, populaire animateur de balado et partisan inconditionnel de Donald Trump. Donald Trump a visité le 747-8 appartenant au Qatar en février dernier alors qu’il se trouvait à l’aéroport international de Palm Beach, en Floride, près de sa résidence de Mar-a-Lago. Photo : Reuters / Kevin Lamarque Les commentaires négatifs sont aussi venus des élus républicains. Kevin McCarthy, ex-président de la Chambre et représentant en Californie, affirme qu'aucun autre pays ne devrait fournir l’avion présidentiel des États-Unis. Rand Paul, sénateur du Kentucky, affirme qu’accepter l’avion qatari viole la clause de la Constitution américaine sur les émoluments. Cette clause empêche les élus d’accepter des cadeaux de la part de rois, de princes ou de tous pays étrangers. Un avion venant de ce pays laisse planer toutes sortes de problèmes en ce qui concerne l’espionnage et la surveillance. Des experts en aviation interviewés par CNN laissent même entendre que le Boeing 747 en question devrait être inspecté, en partie démonté, et l’opération pourrait coûter jusqu’à un milliard de dollars et prendre plusieurs années. Outre les questions éthiques évidentes, une autre question demeure : que cherche le Qatar en offrant un tel cadeau au président Trump, mis à part un retour d’ascenseur pour le club de golf qu’il entend aménager dans le pays en partenariat avec la famille royale? De son propre aveu, Donald Trump admet que l’offre du Boeing 747 est une reconnaissance du Qatar vis-à-vis du changement de politique des États-Unis face à ce petit pays du Golfe. Lors de son premier mandat, Trump associait le Qatar au financement du terrorisme international et le désignait comme un allié indéfectible du Hamas. Aujourd’hui, le président américain y voit plutôt un endroit pour brasser de bonnes affaires. Ce changement de cap résonne mal au sein du mouvement MAGA, chez certains élus républicains et dans la population américaine en général. Aux États-Unis, la ligne devient de plus en plus difficile à tracer entre faire de la politique et faire de l’argent à cause de la politique. Même si une première fissure est apparue chez les plus fervents partisans de Trump, pendant ce temps, ni le Congrès, ni le système de justice, ni même la presse ne semblent vouloir enquêter en profondeur sur ces apparences de conflit d’intérêts étalées au grand jour.On ne peut pas accepter ce cadeau de ces djihadistes en habit
, à écrit Laura Loomer sur son compte X, qui compte 1,6 million d'abonnés. Ce serait une tache
sur la présidence Trump, ajoute celle qui a une certaine influence sur le président.
Un
pot-de-vin
d’infidèles au Conseil national de sécurité
. Le président dit d’elle qu’il vaut mieux être dans ses bonnes grâces au risque de voir sa carrière se terminer.Le président, dit-il, a promis de faire le ménage à Washington, et accepter ce jet, ce n’est pas faire le ménage.

Une question de sécurité nationale?
Nous n’avons pas besoin de ça. Nous sommes capables de construire notre propre Air Force One.
Je ne suis pas un admirateur du Qatar
, a lancé Ted Cruz, sénateur du Texas.Changement de ton
Nous les avons aidés
, a affirmé le président.
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